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Portrait of a territory
304 pages, Actes Sud/Sharjah Art Foundation, mars 2012

Extrait du texte de Christine Macel

[...] A l’heure où la photographie devient caduque4, à l’heure où la démarche documentaire de photographes plasticiens autour d’un paysage altéré par l’homme date de plus de quarante ans, Ziad Antar, jeune artiste libanais, entreprend une sorte de voyage à rebrousse-temps.
Il choisit d’utiliser deux appareils banals avec des films de format moyen, le Rolleiflex qui offre une bonne profondeur de champ et le Holga qui donne des contours imprécis et un vignettage noir autour des sujets. Alors que, depuis 2009, la production de films Kodachrome s’est éteinte, Ziad Antar choisit une technique en voie de disparition, objet de fascination et de nostalgie, comme en témoigne l’abondance actuelle, depuis le milieu des années 2000, de travaux d’artistes autour des « dernières images ». Sur la scène libanaise, cette question s’avère particulièrement cruciale, en raison d’un rapport particulier à l’histoire, avec les œuvres d’Atlas Group ou d’Akram Zaatari, que Ziad Antar a assisté un temps. En témoigne par exemple le travail de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, Images latentes (1998-2006), photographiant des pellicules anciennes non développées et écrivant le journal de leur auteur.

Ziad Antar est un familier de la démarche documentaire, au départ dans le cadre de son travail pour des films documentaires de télévision au Liban, ensuite au sein de la scène libanaise marquée par un travail de photographie spécifiquement lié au document, celui de Walid Raad et d’Akram Zaatari, et de la Fondation arabe pour l’image, basée à Beyrouth. Enfin, il découvre en France la tradition des nouvelles topographies développées dans les années 1970 par Robert Adams, Bernd et Hilla Becher ou Stephen Shore5, ou encore les missions photographiques lancées en France par la Datar dès 1983 autour de territoires, dans l’héritage de la Mission héliographique française du XIXe siècle. Cependant, la démarche documentaire de Ziad Antar ne se limite pas à un travail d’artiste-historien, ou d’artiste-sociologue ; il s’est emparé de la lumière émiratie comme d’un véritable sujet qui a fait évoluer son projet dans un sens inédit.
A la différence d’un Jean-Marc Bustamante dont il admire les photographies « sans qualités » des années 1980 ou d’un Jean-Luc Moulène dont il est proche, car il est celui qui lui a proposé de venir étudier en France, il ne recherche pas la qualité d’un travail en chambre, surtout pas la netteté parfaite, comme en témoigne son choix du Holga. Au lieu de réaliser de « belles images » il décide de photographier en acceptant dès le départ les aberrations lumineuses qu’engendrent son choix d’appareil et le fait qu’il photographie au milieu de la journée, alors que la lumière n’est bonne que durant deux heures le matin et deux heures l’après-midi. Celle-ci devient une ligne directrice majeure de son entreprise, brûlant l’image et effaçant les couleurs – d’où le passage au noir et blanc lorsqu’elle était trop écrasante , s’imposant comme un des sujets majeurs de son portrait de territoire baigné d’une lumière aveuglante. Caractéristique du territoire émirati, la lumière apparaît ainsi comme le facteur d’homogénéité esthétique du projet. [...]

Directrice de collection : Pascale Le Thorel
Texte / Text: Christine Macel
Conception graphique / Graphic design: Marc Touitou
Correction / Text edit: Aïté Bresson
Traduction vers l'anglais / English translation: Charles Penwarden
Traduction vers l'arabe / Arabic translation: Hassan Chami
Mise en page de l’arabe / Arabic lay out: Manal Khader, Beyrouth
Impression / Printing : Chirat, France